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![]() Évaluation de l’impact de l’érosion côtière sur le patrimoine bâti public et privé français
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Parution : vendredi 3 mai 2024
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Un récent rapport a estimé les effets de l’érosion côtière sur le bâti de notre pays. Les conséquences de ce phénomène risquent de rapidement s’accélérer dans les prochaines décennies. Environ 5 000 bâtiments seraient touchés d’ici à 2050 et potentiellement plus de 500 000 au total d’ici à 2100. Alors que les populations et activités ont tendance à se concentrer sur les littoraux, les effets de l’érosion côtière invitent à repenser notre rapport au littoral.
Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a publié en février 2024 un rapport intitulé « Projection du trait de côte et analyse des enjeux au niveau national » qui estime les conséquences de l’érosion sur le patrimoine bâti français à horizon 2050 et 2100.
Le phénomène d’érosion des côtes est ancien, mais semble prendre plus d’ampleur ces dernières années. En 2007, l’Institut français de l’environnement (IFEN) [1] s’intéressait déjà à l’érosion des côtes françaises.
L’érosion côtière peut avoir des causes naturelles telles que les vagues, le vent, les courants marins et la nature géologique et morphologique des côtes. Elle peut être également favorisée par les activités humaines qui, pour certaines, viennent bouleverser les grands équilibres naturels.
Citons quelques chiffres marquants issus de l’analyse de l’IFEN :
Le rapport du Cerema présente deux scénarii à moyen et long terme : le premier concerne les effets de l’érosion en 2050, le second concerne ses effets en 2100.
Le scénario pour 2100 présente des impacts majeurs sur l’ensemble bâti et des infrastructures. Le centre a choisi délibérément de retenir des hypothèses de calcul très défavorables : disparition complète des structures de défense côtière et inondation progressive de toutes les zones topographiquement basses du littoral (en lien avec la hausse concomitante du niveau de la mer).
Logements concernés par l’érosion côtière à horizon 2050 et 2100
Source : Cerema
Selon ses calculs, le Centre estime qu’en 2050, environ 5 200 logements pourraient être concernés par le recul du trait de côte et 450 000 en 2100.
Estimation de la valeur vénale des logements concernés par l’érosion côtière à horizon 2050 et 2100
Source : Cerema
La valeur économique des logements concernés par l’érosion côtière atteindrait 1,1 milliard d’euros et dépasserait les 85 milliards d’euros en 2100.
La base DV3F (demande de valeurs foncières enrichies) [2] a été utilisée par le Centre pour estimer la valeur vénale de l’ensemble des bâtiments situés dans les espaces potentiellement impactés. Elle concerne les données de prix constatés entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2021. Il s’agit d’estimations aux prix réellement constatés et non projetés dans le futur.
Locaux d’activités concernés par l’érosion côtière à horizon 2050 et 2100
Source : Cerema
Les locaux d’activité sont, comme les logements, concernés par le phénomène d’érosion.
Estimation de la valeur vénale des locaux d’activité de bureaux et de commerces potentiellement atteints
Source : Cerema
Pour les entreprises, l’impact économique, relativement mineur en 2050, dépasserait les 7,5 milliards d’euros en 2050.
Pour les équipements publics, 97 seraient potentiellement concernés en 2050 (une trentaine d’enceintes militaires, une dizaine de bâtiments religieux, de huit bâtiments d’école primaire et une station d’épuration). Environ 10 000 bâtiments de diverses fonctions seraient impactés en 2100. L’estimation de la valeur de ces biens publics n’a pas été évaluée dans le rapport.
Certaines infrastructures routières et ferroviaires seront également touchées. En 2100, 1 750 km de routes et 245 km de voies ferrées seraient à risque.
Les impacts sociaux et économiques sont susceptibles considérables à long terme. De nombreuses questions sont soulevées par le phénomène d’érosion côtière :
La balle est bien évidemment dans le camp des politiques puisque des décisions (douloureuses) devront être prises.
Le Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs (FPRNM), également appelé « fonds Barnier », a été créé en 1995 [3] avec pour but initial de financer les indemnités d’expropriation de biens exposés à un risque naturel majeur. Actuellement, le fonds ne couvre pas le risque associé au recul des côtes.
Un rapport de novembre 2023 réalisé par l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) et l’Inspection générale de l’administration (Iga) [4] donne des pistes avec la mise en place d’un « fonds de solidarité nationale » pour gérer le risque d’érosion. À noter, ce fonds exclurait la solidarité nationale « dès lors que l’achat du bien a été effectué en toute connaissance du risque d’érosion » et orienterait la solidarité nationale « vers les seuls propriétaires occupants de résidences principales ».
Les notaires seront bien évidemment concernés par le risque d’érosion côtière.
D’ailleurs, le 120e congrès des notaires traitera la question de l’« Urbanisme durable : accompagner les projets face aux défis environnementaux ». L’occasion d’évoquer le sujet de l’érosion côtière ?
Pour aller plus loin, consulter le rapport du Cerema.